IKLAN feat Law Holt : une pop radicale



IKLAN et Law Holt ont déposé discrètement, vu le contexte sanitaire, un petit bijou pop peu conventionnel, en novembre 2020. Un LP pop électro, tout de même remarqué par The Guardian et BBC Scotland, sobrement intitulé Album Number 1, qui sort de la monotonie générale (à quelques exceptions près). Un album rafraîchissant qui vient titiller les oreilles. Indépendante, l’équipe est constituée pour l’occasion des anciens membres de la formation pop anglaise des 70’s, Soho, et de Law Holt. D’un côté IKLAN, formé par Timothy London, Jacqui et Pauline Cuff. De l’autre Law Holt. (interviewée en 2016). Habitués à collaborer, ils s’associent pour ce nouveau projet pop expérimentale rugueux et pétillant. À la prod., Tim London qui nous a déjà régalé avec les Young Fathers (Mercury Prize 2016), première entrevue musicale de MDP (2016). C’est donc la boucle d’un circuit improbable qui est bouclée ici. Comprenez donc mon émotion… 

Album Number 1 cover

C’est aussi la première promo physique qu’on reçoit. À une époque du tout virtuel, c’est un vrai luxe ! Dans le pack, un CD, une pochette cousue et un magnifique livret fait de textes et d’illustrations, mêlant expériences personnelle et historique du racisme dans l’Angleterre des 70’s (The battle of Wood Green). En cover du carnet, un sphynx à tête de mort (Acherontia atropos), ce papillon célébré par le Silence des Agneaux, qui a la particularité de produire un grincement proche d’un cri humain, lorsque irrité. Tout un symbole du genre de sons qu’on peut retrouver sur cet opus.

Number 1 Album, est un vent frais de pop expérimentale aux bruissements électro, Rnb ou encore house. Des sons tantôt lents et mélodieux, tantôt lourds, saccadés et stridents, mais toujours prenants. Les effets alternent entre synthés mélancoliques, joyeux et rageux. D’entré de piste, Vicodine nous plonge en ondes troubles, guidés par la voix douce, pas rassurante pour autant, de Law. S’ensuit un Fuckit qui vient brutalement nous sortir du songe. The Level vient comme un intermède spatiale qui suspend tout. Pas pour longtemps. Potential, point d’orgue de l’album, vient ensuite libérer toute sa puissance musicale. On notera également la petite référence à la pop old school de No Use qui rappelle vaguement un Smalltown Boy de Bronski Beat, en plus sombre et plus nerveux. 

Des sons tantôt lents et mélodieux. Tantôt lourds, saccadés et stridents, mais toujours prenants. 

À l’écoute, d’aucun se diront peut-être que ça ne sonne pas pop musique. Et pourtant, si on s’éloigne du modèle commercial, c’en est bien au sens industriel du terme. Des sons mécaniques, brutes et bruyantes aux origines anglo-américaines (XIX et XX siècles).  Aujourd’hui, la pop contemporaine est généralement associée à commerciale. Un produit lissé et répétitif destiné à une consommation rapide, sans plus-value, sans supplément d’âme. Du coup, l’intitulé du carnet, IKLAN is for EVERYONE, sonne comme un cri du sphynx revendicant une pop très différente. Plus directe dans les textes et plus brute dans les sons. Bref, allez vous faire les oreilles sur Album Number 1 d’IKLAN feat Law Holt. Et faites-vous votre propre opinion. 

Cet infatigable Tim London qui opère dans l’ombre depuis les 70’s, s’est donné comme quête de dépoussiérer un recoin de la scène pop contemporaine, largement insipide. Pour la régénérer, il a su dénicher en cinq ans des artistes aussi singuliers que talentueux comme YF, Law Holt ou encore Callum Easter. Des artistes qui forcent les portes d’horizons musicaux inconnus et pourtant familiers à l’écoute. À croire qu’ils ravivent des émotions trop longtemps endormies. 

Timothy London est un producteur au sens noble du terme, car il contribue à maintenir des horizons musicaux ouverts. 

En cela, Timothy London est un producteur au sens noble du terme, car il contribue à maintenir des horizons musicaux ouverts. Et surtout, il offre aux artistes un espace de liberté où ils peuvent pleinement s’exprimer, sans être formatés. Je veux ici lui rendre un hommage particulier. Je ne le remercierai jamais assez d’avoir révélé les Young Fathers, mon groupe à vie !  Pour ça, Sir Timothy London, 50k guns salute!  

Ils ont donc été le point de départ d’un trip musical hallucinant pour Monde De Poche fait de rencontrent inimaginables. Des légendes vivantes de la soul Lee Fields ou Binky Griptite, aux perles électro BLKKATHY ou Perera Elswhere. Sans parler des jeunes prodiges Rock folks, The Shacks.  

Vu le contexte des mesures sanitaires qui touchent très durement la scène musicale depuis le début de la pandémie, il est difficile de savoir comment les choses évolueront. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces musiciens, stoppés net par la pandémie. On chérira tous ces souvenirs pour se rappeler à quel point la musique est fondamentale à la société. C’est ce que Monde De Poche a voulu montrer. C’est pour ça qu’on sera là pour continuer à parler d’eux et bien d’autres. Mais pour l’heure, Monde De Poche se focalisera sur les médias, autre pilier d’exploration.  

Mais avant MDP se refait une beauté avant de disparaît pour mieux réapparaître. Alors allez tapez une visite nostalgique avant que le futur ne l’emporte aux oubliettes. 

 

À très bientôt ! 

Peace!