KOKOKO : un Congo en mode électro



Comment vous parler de Kokoko, ce groupe électro made in Kinshasa ? Oui, oui, j’ai bien dit groupe électro kinois (moi-même j’ai du mal à le croire). Ceux qui connaissent cette ville savent ce que cela implique culturellement et logistiquement parlant. La République démocratique du Congo est plutôt connue pour sa fameuse Rumba congolaise, directement issue de sa grande sœur cubaine dans les années 1930. Cette dernière fut introduite par l’Ouest africain par des marins cubains servant sur des cargos provenant des Caraïbes, et en contact avec les kroumen du Libéria qui travaillaient dans les ports.  Parmi ses plus grands représentants le Grand Kalle, Zaïko et autres Rochereau ont profondément marqué la culture congolaise. D’autant plus qu’elle rappelle des années prospères qui ont suivi l’indépendance du pays, le 30 juin 1960. Les genres musicaux comme le Soukous ou le Ndombolo découlent directement de la Rumba, moyennant modernisation des instruments et variations rythmiques. D’un autre côté, le manque d’accès à électricité (coupures de courant régulières) rend la vie des Kinois difficile, mais apparemment pas impossible.

Grâce à l’esprit de débrouille typique de là-bas, ces Kinois se sont inspirés des bruits et sons de la ville comme matière première pour fabriquer leurs propres instruments.

Kokoko est en train de relever un défi de taille. Faire de l’électro dans un pays où la Rumba est reine, où l’électricité est peu accessible, et où les instruments sont hors de prix. Grâce à l’esprit de débrouille typique de là-bas, ces Kinois se sont inspirés des bruits et sons de la ville comme matière première pour fabriquer leurs propres instruments. Façonnés avec des matériaux de récupe, ils ont dû ensuite apprendre à les maîtriser de par leur unicité, un peu comme la typewriter drum (un tambourin fixé à une machine à écrire). Le groupe congolais Staff Benda Bilili est une source d’inspiration en la matière, comme nous l’explique en coulisse Bovic en décrivant leurs instruments sortis de leurs imaginaires.

 

Bovic: drums / percussion / mosquito guitar

En concert à Bruxelles pour la première fois au Recyclart, Kokoko a offert une performance ingérable du début à la fin. Et le public bruxellois a répondu plus que présent tout au long du concert. Malgré une atmosphère étouffante, Kokoko n’a pas hésité à faire monter encore plus la température. Des conditions d’extrêmes chaleurs qui n’ont pourtant pas refroidi une audience  bruxelloise en extase et en sueur.

Boms – 2 strings guitar / metallic percussions / one string bass / metal cans harp

Ce que propose Kokoko est radicalement nouveau dans le bassin congolais et au-delà. Pour preuve l’accueil chaleureux du public dans un concert sold out. Par leur musique, ils rompent avec la tradition rumbera dans laquelle ils ont baigné et grandi pour amener la musique congolaise vers la modernité. Faire de l’électro sans courant est un sacré pied de nez aux limites de l’imagination.

Dido – Guitar / Jesus Crisis / Vocals / Percussion

Monde De Poche s’est infiltré dans les coulisses du Recyclart à Bruxelles, deuxième étape de leur première tournée.  Nous avons palabré avec Boms, Makara Bianko et Débruit pour en savoir un peu plus sur l’origine du projet, leur processus de création et comment on produit de l’électro au Congo.