Perera Elsewhere : un son au-delà du réel



Queen Perera Elsewhere nous revient avec un nouvel EP, Thrill. Un quatrième travail solo (second EP) dropé le 6 septembre dernier sur son fidèle label FoF Records. Un crew d’explorateurs sonores indépendants qui fête ses 10 ans d’existence le 19 octobre prochain à Los Angeles. Deux bonnes raisons de se réjouir donc ! Et à en juger par son gros sourire sur la cover, la chantre de l’ailleurs va encore vous surprendre.

Collage de Hugo Holger Schneider

Avec ce dernier opus, Sacha Perera nous propose une nouvelle étape dans sa traversée doom folk initiée en 2013 avec Everlast. Sur Thrill, la productrice londonienne continue à nous faire perdre pieds à l’étrier de la réalité. En indice, le titre « gliché », aux couleurs disruptives, qui brise la nostalgie du noir et blanc sur la photo. Il faut savoir que perturber la réalité est sa spécialité. D’ailleurs, sa discographie doom de forme les étapes d’un même trip musical basé sur l’organique et instinctif. Son premier single, Bizarre, est un exemple de déconstruction de la réalité, ouvrant les portes sur un entre-monde mêlant tangible et intangible. Ce, grâce au collage futuriste de son génial acolyte, Hugo Holger Schneider, sans qui l’univers de Perera Elsewhere ne serait pas le même.

Plus concrètement, c’est au détoure d’une ballade presque banale dans le quotidien qu’on entre dans l’album avec Yeah Yeah. La voix métallique et pitchée de Perera, mêlée aux textures mélodiques nous plongent assez vite dans le bizarre. S’ensuit Sunk in Motion, en collab. avec Dis Fig, où les deux voix contraposées nous font perdre les derniers repaires. Une sensation illustrée par l’inévitable Hugo dans un clip à donner le tournis (voir plus haut). C’est dans un état de résonance qu’on arrive au cœur de l’album pour recevoir ce message : Over kill/things against my will/the thrill of being alive/has left my soul… En éveil, Wait N See vient ensuite bercer cette prise de conscience et finalement réconforter. On finit par cet improbable Carl Maria von WeberUn électro-choque aux percussions carnatiques et basses lourdes à réveiller un mort. Carl, qu’on a forcément googlé, était un compositeur, chef d’orchestre, pianiste, critique romantique allemand du début XIXème S. Un cumul de casquettes qui sied autant à l’artiste anglaise (productrice, DJ, chanteuse, instrumentiste, etc) qu’au compositeur mort à Londres, dans la ville de la chanteuse. Une situation inverse pour la chanteuse qui vit à Berlin, dans le pays du compositeur…

Collage de Hugo Holger Schneider

Si Drive illustre, sons et paroles à l’appui, comment l’omniprésence de l’image tue l’imaginaire. Avec Thrill, on passe à la vitesse supérieure ! L’ accumulation d’images provoque la disparition du réel en live et en accéléré (Simulacre et Simulation, Jean Baudrillard). Le flot quotidien et intarissable d’images obstrue progressivement les pensées, les souvenirs et les émotions qui vont avec. C’est dans cette confusion impensable que Perera creuse une brèche dans le réel à coup de gliches soniques et d’onde synthétiques pour nous offrir une bulle d’oxygène dans un entre-monde,  mi-réel, mi-imaginaire, unique en son genre. Thrill confirme les qualités musicales d’une artiste qui n’hésite pas à altérer par voies audiovisuelles le tangible pour mieux le remettre en question. Perera nous aide à échapper un temps aux contraintes d’une société malade. En cela, Thrill est un véritable enjaillement sonore aux portes du réel.

PS: Si sa voix métallique et ses textures mécaniques ne vous convainquent, elle sera en concert à BX début 2020. À suivre donc et si cela se confirme, occasion à ne surtout pas rater !

Collage de Hugo Holger Schneider