THE RONGETZ FOUNDATION : Du jazz à l’esprit de soul



The Rongetz Foundation débarque d’un coin de rue brooklynien avec un nouvel album jazz sous le bras, Alphabet City Music Club. Un nouvel essai plus soul qui revendique toujours le mélange de genres, dans la continuité de ses prédécesseurs : le pétillant Kiss Kiss Double Jab (2015) et le fondateur Brooklyn Butterfly Session (2012). Alphabet est le troisième LP à sortir sur le label Brooklyn Butterfly Sound, ce qui explique leur filiation musicale.

On ne compte plus les collaborations prestigieuses (Gregory Porter entre autres) de Stéphane Ronget, tête orchestrante de la Foundation, dont la capacité à rassembler et à fédérer tant de musiciens d’âges et d’horizons différents (France, USA, Japon, Madagascar) détonne. Il rassemble pour ce nouveau coup, une pléthore d’artistes idoines et de haut vol tels que ce roublard d’Homer Steinweiss (Datpone, Big Crown, Sharon Jones, Amy Winehouse, etc) ou Morgan Guerin, jeune star confirmée du jazz. Une liste concentrée de talents qui s’allonge à longueur de plages. Et c’est dans Brooklyn, où l’artiste vit depuis des années, que les festivités ont lieu. On sent qu’il a pris plaisir à l’ouvrage car l’album a été bouclé en deux sessions, commente-il dans un échange avec Monde De Poche. Son bon maniement des talents de tous bords se confirme également à l’écoute par l’harmonie et la cohésion ressenties sur le disque.

Stéphane Ronget, The Rongetz Foundation

Si le jazz estampillé « Rongetz Foundation » est particulièrement rafraîchissant, il est le résultat d’une longue évolution initiée autour des années 2000. Au départ de cette expédition sonore, l’envie, depuis le jazz, de tutoyer soul, funk et hip hop. À la croisée des genres, le résultat sonne comme une évidence. Comme des habitants d’un même quartier qui ne se connaissent pas mais qui ont ce lieu en commun. Dès lors, un dialogue est établi dans le respect de l’identité propre à chaque style.

Corey Fonville, Stéphane Ronget et Morgan Guerin, Erena Terakubo, Mathis Picard, Corcoran Holt, Jeremy Kay, Homer Steinweiss, etc.

ACMC fait sa fête à la soul, grâce notamment à la batterie de composition d’un Steinweiss tout en « cooltitude » et aux voix remarquablement y apposées. De fait, il nous met tellement bien, tout en spontanéité, qu’on imagine le jazzman français se balader ça et là dans le quartier d’Alphabet City (Brooklyn) et faire son casting au hasard de ses pérégrinations.

Au premier coin de rue, il rencontre d’entrée de jeux Homer vite rejoint par la voix veloutée d’Alina Engibaryan et bien d’autres musiciens. Ensemble et en marche, le groupe entame une ode à la vie de musicien sur The Tour Song. Plus loin, dans Alongquin Eagle Street, l’ambiance est plus nerveuse. La voix grave de Vanisha Gould y est accompagnée de synthés dissonants et percus saccadées. Mais bien vite, la voix soul d’Alina nous rappelle à la célébration dans Clapping Soul, hymne de l’album. Stéphane et son crew traversent ainsi différentes atmosphères de quartier tels qu’on peut les ressentir au détour d’une promenade et de ses improbables rencontres. Dans un registre plus énergique, on appréciera aussi Funky Fancy Nyc, la bien nommée, qui vient booster les esprits. Ma faveur va à Murky Park où la voix provocante à souhait de Vuyo Sotashe en combo avec le synthé en vrille complète de Mathis Picard (j’imagine), n’en finissent pas de m’achever… Perso, elle synthétise le mieux la courbe soul choisie par le trompettiste.

Alphabet City Music Club est donc un beau dédale de jazz qui empreinte des ruelles tantôt hip hop, funk mais surtout soul. L’enthousiasme du français à ouvrir son jazz à d’autres horizons urbains démontre une chose. Ces musiques urbaines ont certainement plus en commun qu’il n’y paraît avec le jazz. Ce qu’il parvient à mettre en évidence avec efficacité, liberté et surtout naturel. Bonne balade musicale du coup !