THE SHACKS: un plaisir nébuleux



Imaginez-vous une petite cabane (ou autre) au fond de votre mémoire. Ce lieu commun, ce terrain de jeux succédané dont la simple évocation emplie de nostalgie. Un refuge où règne une insouciance tantôt triste, tantôt joyeuse mais toujours sereine car passée. N’y voyez pas une tentative d’hypnose foireuse à la Get Out mais bien l’effet que produit The Shacks. Une sensation qu’on pourrait illustrer par This Strange Effect, intro de leur solide EP éponyme (The Shacks) sorti en 2016 et dont la qualité impressionne. Leur musique est un savant mélange d’influencés rock et soul des années 50, 60 et 70, avec une bonne dose de psyché. Et on part en délire en comparant leurs expériences cumulées à leur moyenne d’âge… 21 ANS ! The Shacks, né dans le Diamond Mine Studio (Queens, NY, 2014) de la rencontre entre Max Shrager (déjà un LP en solo) & Shannon Wise à 17-16, sont déjà aussi capés qu’un groupe confirmé. Parmi leurs collaborations, on compte Naomi Shelton, The Gospel Queens, The Frightnrs (Hands In My Pockets) de Daptone Records ou encore Lady Wray, Lee Fields, El Michels Affair du même blaze, Big Crown Records.

Shannon Wise & Max Shrager, source The Shacks

Aujourd’hui avec la sortie de leur premier LP, The Haze, The Shacks viennent confirmer un talent précoce certes, mais très bien entouré. Et cet album devrait calmer tout le monde. The Shacks, c’est d’abord une voix. Celle de Shannon Wise qui rappelle Binki Shapiro de Little Joy. Un timbre qui chuchote à l’oreille sans aucun artifice (garanti sans auto-tune, 100% bio), renforçant ainsi une belle authenticité musicale. En atteste la piste Tearz  (EMA, Lee Fields & The Shacks) sur Return to The 37 Chamber (version instru par EMA de l’album du Wutang Clan, Enter The 37 Chamber), elle-même reprise de l’originale After Laughter Comes Tears de Wendy Rene (son premier single, 1964). Elle se réapproprie cette chanson avec une telle légèreté qu’on ne peut douter de ce talent inné.

Couverture de The Haze, Big Crown Records

The Haze, leur premier LP, est une claque en slow motion dont l’impact ramène à notre bon souvenir un nuage mêlé d’insouciance, de tristesse et de joie. Une rêverie anachronique et mystérieuse ambiancée par un vieux rock infusée à la soul et à travers laquelle nous guident les vocalises suaves de Shani. Les mélodies y sont solides au gré des déambulations contemplatives. Tantôt psychédéliques (Texas, My name), tantôt rock plus classique (Blue & Grey, Let Your Love). Ce qui détonne chez The Shacks c’est qu’on peut percevoir leurs influences sans vraiment les distinguer. Ce qui fait de leur musique tout sauf du copier coller, ou un assaisonnement à vue de né. Ils savent ce qu’ils font tout en s’inspirant des classics (Elvis Presley, Otis Redding, The Beach Boys, The Rolling Stones ou encore Fats Domino). Et cela leur vient naturellement comme Max assène dans l’interview qui suit, “ c’est facile pour nous car c’est ce qu’on écoute”. Max Shrager (guitariste, ingé son, producteur), Shannon Wise (chanteuse, bassiste), Ben Borchers (batterie) et Evan Heize (clavier) rafraîchissent le old school en y insufflant leur modernité sonore et textuelle tout en procédant à l’ancienne, en mode analogique jusqu’au bout des doigts. Deux des  plus belles plages de cet évasion musicale restent All Day Long et Nobody, Nobody

The Shacks nous livre donc un album très réussi qui nous emmène en ballade, nous font tourner en manège à travers une nébuleuse joyeuse, triste, nostalgique, confondante avec nonchalance. Un opus à l’accent old school qui emmitoufle dans un nuage. Si The Shacks, leur EP, a fait connaître le groupe par un public averti, The Haze devrait les propulser dans le grand bain populaire. D’autant plus qu’ils débarquent en ce début de printemps, ce qui est tout bénef. Soit on s’en rappellera pour accompagner l’arrivée des beaux jours, soit pour palier à leur retard comme à BX… En tout les cas ce sera le printemps dans vos oreilles. En deux mots, suivez-les !

The Shacks @ Paradiso 2,11/02/2018 Amsterdam, MDP

En plus de la critique, Monde Depoche a eu l’occasion de les rencontrer (en anglais) après leur concert au Paradiso II d’Amsterdam. À ne pas confondre avec le Paradiso I (l’église) comme moi et les trois-quart du groupe ! Heureusement eux comme Monde De Poche sont sortis de la nébuleuse à temps pour leur récital. Bonne lecture/écoute.

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